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Tom Doigt 01Il y avait jadis un grand gars vivant du bois abattu par sa main ; à son taudis vivait sa smala,  six fils fort mignons mais pas trop malins, plus un fils qui naquit plus tard,si minus, si riquiqui, qu'on lui choisit pour nom Mini Doigt ; il avait un corps d'oisillon tombant du nid, mais il grandit pourtant,  surtout du ciboulot, fort hardi ma foi, ainsi qu'on pourra voir.

 


La maman avait grand mal à  nourrir sa smala ; quand la faim arriva puis s'installa au logis il fallut choisir : ou tous mourir, ou alors offrir aux fils l'abri du bois, priant pour qu'autour il y ait glands, daims, lapins, champignons. "Ici, la mort nous aura tous, là-bas, ils pourront la fuir ou mourir un par un, mais pas là, dans la maison, non, jamais." Ainsi parla la maman. Son mari opina : "Lundi nous irons tous au bois, puis nous fuirons, abandonnant nos fils."


Tom Doigt 02

 

 

 

 

Mini Doigt, qui, sous un banc, imaginait sagas ou lais jolis , avait tout ouï . Durant la nuit il mit au point un plan pour pouvoir partir du bois quand il voudrait pour aboutir au logis sans complications ni tracas. Son plan fini il l'appliqua illico : sans bruit il s'habilla, il courut jusqu'au ru qui courait tout sussurant, au mitan du vallon, il y prit moult cailloux ronds tout blancs, qu'il plaça dans un sac, puis il alla au lit pour dormir jusqu'au jour.

 

 

 

 

 

 


Tom Doigt 03

Qui pourrait avoir vu un jour plus hallucinant : Papa, maman , blafards, gris, poings raidis, jusqu'au sang, Mini Doigt, minois furtif, dissimulant son sac, plus six frangins fort gais, insouciants, partis pour un grand bois fort lointain.

 

 

Mini Doigt accomplit son travail , posant par-ci par-là un caillou rond tout blanc sans un mot, sans un bruit. Au plus profond du bois si grand, si noir, ils vont fagotant à tout va, sautillant, chantonnant, ramassant qui un agaric, qui du bois mort .

 

 

Tout à coup un gamin apostropha un frangin : "où sont donc papa , maman ?" Fils Trois lui dit : "par ici !" indiquant un doux Sud , mais Fils Cinq cria "non, plutôt par là !", pointant un Nord froid, glaçant.  Fils Six comprit la situation ! "Nous voilà fichus", ajouta-t-il d'un ton alarmant.


Tom Doigt 04


Ah , par Toutatis, Mini Doigt voit tout ça : ils sont là, six gamins implorants,  criant hou-hou, braillant "maman", hurlant "papa", craignant hiboux, craignant loups, horrifiant instant...

 

 

Il suffit, frangins ! cria Mini Doigt, j'ai la solution à nos maux, à la maison nous irons tous, faisons un rang, puis tous dans mon dos, avançons, j'irai droit où il faut, sapristi !Aussitôt dit, il partit, suivi par six garçons pas trop hardis mais confiants. Marchant d'abord, allant d'un caillou blanc à un caillou brillant, puis courant, puis volant, au matin ils ont vu la maison, son courtil, son portail. 

Qui parlait donc ici ? Papa, maman aussi, ça criait !

"Pourquoi avoir fait ça ? Nos gamins ! Vois ! nous avons un gigot, du potiron, moult provisions, un duc nous payant son dû fort tard a fait fuir la faim." Puis la voilà lançant : "Ah, nos gamins, où sont-ils aujourd'hui ?" Aussitôt, six voix ont dit, à l'unisson : "nous voilà, maman, nous voilà, papa !" Un grand cri, on ouvrit l'huis, on rit, on chanta, on bouffa tout un gigot, du potiron un quart, on but aussi du lait chaud, jusqu'à plus soif !

Mini Doigt II 01 Mais un mois plus tard, la faim rappliqua, s'invita, s'installa, frappant plus fort sur la tribu !L'option du bois s'imposa au papa, il convainquit la maman. Mardi, ils iront dans un bois fort lointain pour un abandon fatal, inouï , inhumain mais pas si fautif qu'il paraît car au bois on a foi ! Mini Doigt, toujours à l'affût, ouït tout ; il comprit qu'au matin il faudrait courir jusqu'au ru afin qu'il y ramassât dix fois dix cailloux ronds ou oblongs mais surtout blancs , d'un blanc ivoirin ou lilial, virginal ou cru, brillants dans la nuit. Gros souci au saut du lit ! L'huis clos tint bon, son battant n'ouvrit point, trop haut, trop lourd pour Mini-Doigt qui n'a pu sortir.

"Il faut un signal à tout prix ! Ouf, j'ai la solution : du pain, rompu fin , pris sur ma faim !"


Mini Doigt II 02Ainsi fut fait ! Làs, dix fois dix mini bouts du pain, voilà qui fit profit aux

fourmis, aux loriots, aux piafs du coin, mais il n'y avait plus un grain, plus un brin, quand la nuit arriva. Papa avait fui, suivi par maman, sans bruit, sans bruit. "Nous voilà cuits dit un gamin, plutôt abasourdi." Mini Doigt comprit aussitôt qu'il n'avait plus la baraka ; il faudrait pourtant sortir du bois avant qu'un loup n'arrivât. Il grimpa dans un sapin fort haut. "Ah, on voit un lumignon, au loin, par là." Nos gamins ont couru, tout droit, suivant Mini Doigt, craignant qui un loup, qui un ours.

Mini Doigt II 03

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

Par Gotlib, la maison où brillait un lampion s'offrait à la vision du clan : un manoir cossu, ravissant. Mini Doigt toqua à l'huis ; la mama qui ouvrit, vrai dindon dodu tant son corps avait du poids, comprit qu'il fallait aux gamins un abri pour la nuit, sinon la mort rirait trop. Mais il y avait un hic, un gros hic, à savoir son mari, Grands Crocs , viandard bouffi qui bouffait tout bambin frais ou dispos lui tombant sous la main. Il fallait donc agir à son insu. L'ayant appris nos amis ont jauni.

 


 

 

Ogre litDu bruit, Grands Crocs arrivait ! "Sautons dans un tiroir, non, sous un lit : hop, ni vu ni connu !"

"Qu'y a-t-il donc ?" s'informa-t-il car   sa mama avait l'air chagrin, ça  l'intrigua . Il supputa d'abord un coup tordu mais son pif n'a pas failli : il flaira la chair d' oisillon , inspira plus profond, fouilla sous un banc, dans un pot puis il subodora un nid dans un tiroir du placard, non, il s'accroupit, vit nos bambins sous un châlit : "ha, ha, ha" , rigola-t-il tout ragaillardi ; il saisit Fils Un, Fils Trois puis tous : "du gamin tout frais ! , mon canif suffira pour ça", dit-il , un gros canif façon navaja à la main.

Mais la mama implora : "non, pas la nuit, tu vas tout salir mon grand, allons plutôt au dodo mon gros lapin. Tu occiras tout ça lundi matin, faisons plutôt un câlin."

Grands Crocs dit oui, ravi ; la mama conduisit nos amis à un lit, voisin du lit où sa smala (six nanas plus la mini nana du mois d'août) piquait un profond roupillon, un bibi royal sur l'occiput, puis gagna son plumard. Grands Crocs allait voir si sa mama gigotait toujours autant mais un viandard n'a pas pour un câlin autant d'allant sans alcool auparavant, il but donc un quartaut d'un pinard du Roussillon, rota puis y alla, gaillard, paillard, sans foi ni loi !

 


 

Mini Doigt comprit qu'il allait mourir s'il n'agissait pas ; "Grands Crocs va nous saisir plus tôt qu'il n'a dit, à mon avis", cogita-t-il ; un plan s'inscrivit dans son ciboulot fumant. Sans aucun bruit, il troqua bibis royaux pour bobs paysans puis annonça aux frangins  "il faut dormir, nous fuirons au matin."

 

 

Mini-Doigt-II-05JPG.JPG

 

Grands Crocs avait trop bu, il fut banal, tout au plus,  sa mama critiqua  sa fornication au rabais, sans inspiration, puis dormit, lui non, il tournicota dans son lit, insatisfait, râlant . Jarnicoton, sans sang ça n'allait pas, il lui aurait fallu du sang frais bouillonnant, là, sur l'instant ! Il ronchonna : "pour ma consolation, zigouillons  nos zoziaux." Muni d'un poignard malais il grimpa au dortoir, tâta un lit où il toucha un bibi royal, puis trois, puis cinq. "Ah, voilà nos nanas à nous", murmura-t-il , souriant ! Voyons ici, plutôt ! Il palpa un bob, puis trois, puis cinq: "voilà mon plat pour lundi". Salivant, il trancha, coup sur coup, six cous plus un, ravi, ricanant : "la procrastination , d'accord, pour du sang frais, jamais, ha,ha,ha !" Puis, sanguinolant, il alla dormir, satisfait du travail accompli.

 

Quand il ronfla, Mini Doigt, suivi par six gamins blafards,  sortit du manoir, courut, courut dans la nuit, Orion guidant son pas.

 

Mini Doigt II 06JPGMatin fatal au logis du viandard ! la mama vit sa smala gisant dans un bain sanglant : la mort avait puni son bon fond, trop bon, trop con dit un dicton ! Grands Crocs, furax, la frappa à bras raccourcis puis chaussa la santiag du lutin, qui d'un pas faisait dix yards. Furibard, il fonça droit sur nos fugitifs, son flair l'aidant. Mais d'avoir trop bu lui coupait son grand pas ; il fatigua tant qu'il stoppa sur un roc moussu, ahanant, s'y affala puis roupilla aussitôt. Or, là, oui là, ni plus ni moins loin, il y avait nos amis, rompus, fourbus, mais vivants. Mini Doigt qui a compris qu'au botillon du lutin, Grands Crocs doit son grand pas, tira, tira, tira, l'ôta du ripaton poilu, l'utilisa pour lui. Son botillon si gros fut aussitôt, lutin aidant, un botillon raccourci.

Mini Doigt avait un plan, mûri durant la nuit. Il chuchota : "Frangins, nous passons au col ici, puis nous courons au lac qu'on voit brillant. Là-bas nous connaissons, pour la maison, toujours tout droit, au bord du ru joli. Moi, j'ai un boulot à finir au logis du viandard. Partons, Grands Crocs n'ira plus courant, pour sûr, mais il faudra courir, vous, suivant Fils Un qui connaît un parcours partant du lac, jusqu'à la maison !


Mini Doigt trouva la mama divaguant, l'air hagard, un piochon à la main, forant un trou où finirait sa smala qui baignait dans son sang coagulant ! Il lui annonça qu'un brigand voulait tout son or, sinon Grands Crocs mourrait aujourd'hui ; il l'avait pris pour commis, gardant son mari au bout d'un tromblon.

Inoui, mais pourtant vrai, la mama ramassa tout l'or, lui confia son magot, craignant la mort pour son mari. Trop bon, trop con ? Admiration ? Au choix !

 

Mais, pour ça, Mini Doigt n'aura pas nos bravos ! Il arriva au soir dans la maison où tout un chacun riait, dansait. Un grand cri pour lui lorsqu'il sortit un million d'un sac fort lourd : "Pour Mini Doigt hip, hip, hip, hourra". Papa, maman, six frangins plus joviaux qu'un bataillon d'oisons sur un lac : voilà qui lui donnait goût à un grand saut dans l'inconnu : la cour, l'amour aussi s'offrant à lui, il allait tout saisir, sauvant ainsi tout son clan, chassant la faim, pour toujours.

 

Il put, soldat, (caporal, puis commandant, il finit amiral)  son botillon aidant, accomplir maints faits qui l'ont mis au rang d'un duc ; on a dit qu'il pouvait tout au Palais, son Roi voulant toujours avoir son avis ; ainsi, il prohiba d'un coup l'utilisation du bob paysan à pompon, nul n'a jamais su pourquoi.

 

                                                                           Eugène Vireleu (alias Olivier de Vaux)

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