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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 08:00

 

Il suffit, frangins ! cria Mini Doigt, j'ai la solution à nos maux, à la maison nous irons tous, faisons un rang, puis tous dans mon dos, avançons, j'irai droit où il faut, sapristi !Aussitôt dit, il partit, suivi par six garçons pas trop hardis mais confiants. Marchant d'abord, allant d'un caillou blanc à un caillou brillant, puis courant, puis volant, au matin ils ont vu la maison, son courtil, son portail. 

Qui parlait donc ici ? Papa, maman aussi, ça criait !

"Pourquoi avoir fait ça ? Nos gamins ! Vois ! nous avons un gigot, du potiron, moult provisions, un duc nous payant son dû fort tard a fait fuir la faim." Puis la voilà lançant : "Ah, nos gamins, où sont-ils aujourd'hui ?" Aussitôt, six voix ont dit, à l'unisson : "nous voilà, maman, nous voilà, papa !" Un grand cri, on ouvrit l'huis, on rit, on chanta, on bouffa tout un gigot, du potiron un quart, on but aussi du lait chaud, jusqu'à plus soif !

Mini Doigt II 01 Mais un mois plus tard, la faim rappliqua, s'invita, s'installa, frappant plus fort sur la tribu !L'option du bois s'imposa au papa, il convainquit la maman. Mardi, ils iront dans un bois fort lointain pour un abandon fatal, inouï , inhumain mais pas si fautif qu'il paraît car au bois on a foi ! Mini Doigt, toujours à l'affût, ouït tout ; il comprit qu'au matin il faudrait courir jusqu'au ru afin qu'il y ramassât dix fois dix cailloux ronds ou oblongs mais surtout blancs , d'un blanc ivoirin ou lilial, virginal ou cru, brillants dans la nuit. Gros souci au saut du lit ! L'huis clos tint bon, son battant n'ouvrit point, trop haut, trop lourd pour Mini-Doigt qui n'a pu sortir.

"Il faut un signal à tout prix ! Ouf, j'ai la solution : du pain, rompu fin , pris sur ma faim !"


Mini Doigt II 02Ainsi fut fait ! Làs, dix fois dix mini bouts du pain, voilà qui fit profit aux

fourmis, aux loriots, aux piafs du coin, mais il n'y avait plus un grain, plus un brin, quand la nuit arriva. Papa avait fui, suivi par maman, sans bruit, sans bruit. "Nous voilà cuits dit un gamin, plutôt abasourdi." Mini Doigt comprit aussitôt qu'il n'avait plus la baraka ; il faudrait pourtant sortir du bois avant qu'un loup n'arrivât. Il grimpa dans un sapin fort haut. "Ah, on voit un lumignon, au loin, par là." Nos gamins ont couru, tout droit, suivant Mini Doigt, craignant qui un loup, qui un ours.

Mini Doigt II 03

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

Par Gotlib, la maison où brillait un lampion s'offrait à la vision du clan : un manoir cossu, ravissant. Mini Doigt toqua à l'huis ; la mama qui ouvrit, vrai dindon dodu tant son corps avait du poids, comprit qu'il fallait aux gamins un abri pour la nuit, sinon la mort rirait trop. Mais il y avait un hic, un gros hic, à savoir son mari, Grands Crocs , viandard bouffi qui bouffait tout bambin frais ou dispos lui tombant sous la main. Il fallait donc agir à son insu. L'ayant appris nos amis ont jauni.

 


 

 

Ogre litDu bruit, Grands Crocs arrivait ! "Sautons dans un tiroir, non, sous un lit : hop, ni vu ni connu !"

"Qu'y a-t-il donc ?" s'informa-t-il car   sa mama avait l'air chagrin, ça  l'intrigua . Il supputa d'abord un coup tordu mais son pif n'a pas failli : il flaira la chair d' oisillon , inspira plus profond, fouilla sous un banc, dans un pot puis il subodora un nid dans un tiroir du placard, non, il s'accroupit, vit nos bambins sous un châlit : "ha, ha, ha" , rigola-t-il tout ragaillardi ; il saisit Fils Un, Fils Trois puis tous : "du gamin tout frais ! , mon canif suffira pour ça", dit-il , un gros canif façon navaja à la main.

Mais la mama implora : "non, pas la nuit, tu vas tout salir mon grand, allons plutôt au dodo mon gros lapin. Tu occiras tout ça lundi matin, faisons plutôt un câlin."

Grands Crocs dit oui, ravi ; la mama conduisit nos amis à un lit, voisin du lit où sa smala (six nanas plus la mini nana du mois d'août) piquait un profond roupillon, un bibi royal sur l'occiput, puis gagna son plumard. Grands Crocs allait voir si sa mama gigotait toujours autant mais un viandard n'a pas pour un câlin autant d'allant sans alcool auparavant, il but donc un quartaut d'un pinard du Roussillon, rota puis y alla, gaillard, paillard, sans foi ni loi !

 


 

Mini Doigt comprit qu'il allait mourir s'il n'agissait pas ; "Grands Crocs va nous saisir plus tôt qu'il n'a dit, à mon avis", cogita-t-il ; un plan s'inscrivit dans son ciboulot fumant. Sans aucun bruit, il troqua bibis royaux pour bobs paysans puis annonça aux frangins  "il faut dormir, nous fuirons au matin."

 

à  suivre ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Olivier de Vaux - dans LIPOGRAMME
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commentaires

Mousse 09/07/2010 20:33



Que dire d'autre, que tu es génial.


Bravo cher Olivier, j'en suis baba !


Je te fais un gros bisou.



Olivier de Vaux 09/07/2010 22:38



Je vais prendre la taille de Mini Doigt pour me cacher plus facilement... mais pas avant le gros bisou !


Bonne fin de semaine, Mousse !



La Licorne 06/07/2010 23:00



Excellent !


Non seulement le lipogramme est respecté, mais en plus, le style est guilleret, enlevé, plein de fraîcheur. On en oublierait presque la contrainte.


Bravo, bravo, bravo !


 



Olivier de Vaux 06/07/2010 23:50



Merci, Chère Licorne, ce lipogramme m'a donné bien du plaisir !


 



Topa 06/07/2010 08:07



Clap-clap(s) nourris, admiratifs, again and again...



Olivier de Vaux 06/07/2010 13:31



En remplaçant nourrris par charnus tu obtiens un bel antilipogramme en a !



india 05/07/2010 18:09



Superbe et déjà tellement difficile... A quand Gulliver le géant vert ? :)


Bonne soirée Olivier


 



Olivier de Vaux 05/07/2010 22:05



Le Petit Poucet convient mieux à ma taille ! Bonne soirée India.



Aurore 05/07/2010 14:38



Si je cajole souvent la paresse intellectuelle, ce n'est certes pas votre cas, Olivier ! Je rirai encore longtemps, longtemps...




Olivier de Vaux 05/07/2010 16:35



Voilà un rire qui me comble !