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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 12:00
[Le sphex] jouit voluptueusement des délices de la chaleur et de la lumière. De temps à autre éclate en lui comme une frénésie de plaisir : il se trémousse de bien-être....
De quoi s'agit-il ? Qu'ai-je oui ? Et bien vous lisez un ouvrage scientifique consacré  à une espèce de guêpe fouisseuse de la classe des sphécidés, le sphex. L'auteur n'est sans doute pas inconnu de vous puisqu'il s'agit de Jean-Henri Fabre, le célèbre entomologiste.

ammophile des champsUn jour, parce que j'avais remarqué le manège curieux d'une espèce de guêpe noire et feu, que je l'avais photographiée et m'étais enquis de son identité, je suis arrivé sur un site reproduisant un texte de Monsieur Jean-Henri Fabre, tiré de ses souvenirs entomologiques. Je pensais y glaner rapidement quelques informations sur la vie et les moeurs des sphex et des ammophiles or 4 ans après je retourne encore régulièrement  dans les ouvrages de Monsieur Fabre, et à chaque fois avec le même émerveillement.

Pourquoi cet engouement ? Parce que Jean-Henri Fabre n'est pas seulement un scientifique de premier plan, c'est également un grand écrivain capable d'emmener son lecteur sur une planète étrangère, celle de l'insecte. Arrivés là,  on oscille sans cesse de la beauté absolue à l'horreur la plus totale, les images défilent, on sent, on voit, on vibre, c'est une expérience extraordinaire.

 

Je ne résiste pas au plaisir de reproduire ci-dessous  quelques extraits de ses souvenirs entomologiques (1879) et je vous invite à découvrir la vie de cet homme exceptionnel grâce à un article remarquable de Wikipédia.

 

Vous pourrez vous familiariser avec son oeuvre en visitant le site e-fabre.com/.

 

Et comme un plaisir n'arrive jamais seul, j'ai découvert un blog consacré aux insectes d'une très grande qualité, microcosmos.


.......

 

A bien des reprises déjà, j'ai surpris en ces lieux le Sphex au repos sur quelque feuille de vigne exposée en plein aux rayons du soleil. L'insecte, étalé à plat, y jouit voluptueusement des délices de la chaleur et de la lumière. De temps à autre éclate en lui comme une frénésie de plaisir : il se trémousse de bien-être ; du bout des pattes, il tape rapidement son reposoir et produit ainsi comme un roulement de tambour, pareil à celui d'une averse de pluie tombant dru sur la feuille. A plusieurs pas de distance peut s'entendre l'allègre batterie. Puis l'immobilité recommence, suivie bientôt d'une nouvelle commotion nerveuse et du moulinet des tarses, témoignage du comble de la félicité. J'en ai connu de ces passionnés de soleil, qui, l'antre pour la larve à demi creusé, abandonnaient brusquement les travaux, allaient sur les pampres voisins prendre un bain de chaleur et de lumière, revenaient comme à regret donner au terrier un coup de balai négligent, puis finissaient par abandonner le chantier, ne pouvant plus résister à la tentation des suprêmes jouissances sur les feuilles de vigne.

Peut-être aussi le voluptueux reposoir est-il en outre un observatoire, d'où l'Hyménoptère inspecte les alentours pour découvrir et choisir sa proie. Son gibier exclusif est, en effet, l'Ephippigère des vignes, répandue çà et là sur les pampres ainsi que sur les premières broussailles venues. La pièce est opulente, d'autant plus que le Sphex porte ses préférences uniquement sur les femelles, dont le ventre est gonflé d'une somptueuse grappe d'oeufs.

...........  Là, le Sphex s'en prend à un Grillon  ...........

Pour rien au monde, je ne céderais ma part du dramatique spectacle auquel je vais assister. Le Grillon effrayé s'enfuit en sautillant ; le Sphex le serre de près, l'atteint, se précipite sur lui. C'est alors au milieu de la poussière un pêle-mêle confus, où tantôt vainqueur, tantôt vaincu, chaque champion occupe tour à tour le dessus ou le dessous dans la lutte. Le succès, un instant balancé, couronne enfin les efforts de l'agresseur. Malgré ses vigoureuses ruades, malgré les coups de tenaille de ses mandibules, le Grillon est terrassé, étendu sur le dos.

Les dispositions du meurtrier sont bientôt prises. Il se met ventre à ventre avec son adversaire, mais en sens contraire, saisit avec les mandibules l'un ou l'autre des filets terminant l'abdomen du Grillon, et maîtrise avec les pattes de devant les efforts convulsifs des grosses cuisses postérieures. En même temps, ses pattes intermédiaires étreignent les flancs pantelants du vaincu, et ses pattes postérieures s'appuyant, comme deux leviers, sur la face, font largement bâiller l'articulation du cou. Le Sphex recourbe alors verticalement l'abdomen de manière à ne présenter aux mandibules du Grillon qu'une surface convexe insaisissable ; et l'on voit, non sans émotion, son stylet empoisonné plonger une première fois dans le cou de la victime, puis une seconde fois dans l'articulation des deux segments antérieurs du thorax, puis encore vers l'abdomen. En bien moins de temps qu'il n'en faut pour le raconter, le meurtre est consommé, et le Sphex, après avoir réparé le désordre de sa toilette, s'apprête à charrier au logis la victime, dont les membres sont encore animés des frémissements de l'agonie.

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Published by Olivier de Vaux - dans TEXTES
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commentaires

paysanheureux 19/03/2010 21:47


Superbe récit ! Mais que la nature est cruelle...


Mnee 18/03/2010 12:27


Voilà enfin ma réponse tardive a votre gentille visite dans mes jardins... ( qui sont de nouveaux visitables, soit dit en passant ^^) vos mots sont très, comment dire... rafraichissants, et je
viendrais les lire souvent si vous me le permettez...

A bientôt, et n'hésitez pas à venir arroser mes semis de vos comentaires!


Topa 17/03/2010 07:51


Merci pour cet éclairage enrichissant... Voilà une nouvelle "planète" à découvrir...
J'avais, moi aussi, repéré le site "microcosmos" qui est un régal de beauté et d'humour !


croukougnouche 16/03/2010 22:56


diantre! c'est d'une suave cruauté!!!!
merci de ton passage récent et de tes deux coms ++!


Tant-Bourrin 16/03/2010 18:56


C'est puissant, c'est plein de fureur, de jouissance et de mort. Bref, c'est beau comme une tragédie antique ! Je ne regarderai plus les sphex du même oeil !


Olivier de Vaux 16/03/2010 19:32


Je vois que tu apprécies. Spécialement pour toi ce passage, consacré à la Mante Religieuse :

Des scènes de carnage que la Mante religieuse a laissées dans mes souvenirs, relatons celle-ci. La chose se passe devant un chantier de Philanthes apivores. Ces fouisseurs nourrissent leurs
larves avec des Abeilles domestiques, qu'ils vont saisir sur les fleurs au moment de la récolte du pollen et du miel. Si le Philanthe qui vient de faire capture sent son Abeille gonflée de miel,
il ne manque guère, avant de l'emmagasiner, de lui presser le jabot, soit en chemin, soit sur la porte du logis, pour lui faire dégorger la délicieuse purée, dont il s'abreuve en léchant la
langue de la malheureuse, qui, agonisante, l'étale dans toute sa longueur hors de la bouche. Cette profanation d'un mourant, dont le meurtrier presse le ventre pour le vider et faire régal du
contenu, a quelque chose de hideux dont je ferais un crime au Philanthe si la bête pouvait avoir tort. En pareil moment d'horrible régal, j'ai vu l'Hyménoptère, avec sa proie, saisi par la Mante
: le bandit était détroussé par un autre bandit. Détail affreux : tandis que la Mante le tenait transpercé sous les pointes de la double scie et lui mâchonnait déjà le ventre, l'Hyménoptère
continuait à lécher le miel de son Abeille, ne pouvant renoncer à l'exquise nourriture même au milieu des affres de la mort. Hâtons-nous de jeter un voile sur ces horreurs.